Zama de Lucrecia Martel (2018)

Zama est une oeuvre solitaire dans l’industrie ultra productive du biopic et du cinéma historique. Et que c’est beau ! Une réalisation quasi-intégralement composée de plans fixes, souvent décadrés ; un travail sonore édifiant proposant presque un visionnage les yeux fermés, au risque malgré tout de rater une magnifique composition picturale plongeant le personnage de Zama au milieu de paysages sortis de cartes postales.

L’une des plus grandes spécificité du film est son écriture absurde, frôlant le surréalisme avec pour utilité, plus que de faire rire, de mettre en scène la violence de la manière la plus froide possible à la façon d’un **Michael Haneke**. Une violence physique révélant des rapports de domination ; une violence morale de la part d’une administration colonialiste. 

L’absurde est installé de différentes façons mais la plus marquante est pour moi la répétition de certaines répliques dans le montage comme l’avait fait Jean-Luc Godard dans le dialogue des toilettes de Masculin, féminin par exemple. 

Zama est le voyage initiatique d’un homme perdu dans l’immensité du Nouveau Monde, et l’absurde du pouvoir colon. Zama est un homme détruit faisant tout pour rentrer chez lui (en Espagne), face à une administration qui se moque de lui, l’utilisant pour le profit et le maintien de l’ordre dans un environnement chaotique. Face à ces problématiques, faites comme Zama dans la dernière séquence du film : laissez vous flotter sur les eaux (ou sur votre siège) au rythme d’une chanson incroyablement apaisante.

Guillermo Gallo

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