Holy Motors de Leos Carax (2012)

Tel un numéro d’illusionniste, on sort d’Holy Motors conquis sans trop savoir ce qu’il s’est passé. Pire ! On adhère au propos du film sans trop l’avoir saisit. La réalisation parfaitement maitrisée, les différents comiques utilisés (absurde, surréalisme, inversion de valeurs) ; ces énigmatiques ambiances, la performance de Denis Lavant, ce voyage délicieusement rythmé au bout de la journée de M. Oscar et les chimpanzés dans la maison pavillonnaire nous ont conquis. On est pas plus avancés sur la signification…

Si le propos ne fût pas tout à fait limpide pendant un moment, j’ai fini par rencontré Guy Débord et sa Société du Spectacle qui me traçât un chemin vers une interprétation.. D’après mon interprétation, M. Oscar est un comédien interprétant des rôles moralement sans limite, pouvant même devenir dangereux pour les autres citoyens, mais faisant partie intégrante de cette même société tournant autour du spectacle. Une société dans laquelle le crime, le divertissement abrutissant, la désinformation, la folie et la précarité font tous partie d’un équilibre. L’intérêt du film est justement de voir comment un homme finit tout à fait désillusionné par son rôle, pourtant capital pour le maintient de ce système. Il finira tout de même son travail “pour la beauté du geste”, mais n’étant plus convaincu de son intérêt.

Le film est construit de façon à faire perdre régulièrement ses repères au spectateur, (logique pour une oeuvre critiquant le spectacle). Les différentes utilisation de l’absurde servent à rendre le public pratiquement fou, ayant perdu tous ses repères logiques et rationnels. Au final, le spectateur s’accrochera à ce qu’il peut comme une histoire d’amour vieillissante ou la magnifique reproduction de madones pasoliniennes. Leos Carax semble vouloir libérer ceux qui visionnent son film du dogme de l’interprétation.

Holy Motors est un film délicieusement énigmatique qui, aussi bien dans ses images que dans la quête de significations reste imprimé en mémoire un long moment dans l’inconscient du spectateur. Une œuvre questionnant la place de l’image, de la perception et du faux semblant dans une société.

Guillermo Gallo

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